MOPP - Mission ouvrière Saints-Pierre-et-Paul

de la solidarité de destin à l’amitié selon l’Evangile

Contagem, Parque S. João 1983-1988

Je suis heureuse de cette arrivée de la MOPP dans cette région du Brésil qui a donné tant de vocations à l’Eglise (ici, par exemple, nous sommes 7 ou 8 des Minas). Comme tu as dû le percevoir, en général nous sommes sérieux, réfléchis, tenaces, d’un cœur généreux et ami. ( lettre de sœur Monique Castanheira)

..

Claudio, Erlon, Agostinho, Juan, Giuseppe, Elias...

 ..

 La première lettre après six mois de présence...

Contagem, le
21
août 1983

Voilà
6 mois que nous habitons ici au Parque
São João
à 17 km du centre de Belo Horizonte. Il est temps que nous vous
donnions quelques nouvelles de notre cheminement. Il y a des grâces
des débuts que l’on perçoit seulement avec un certain recul : passer
de la culture exubérante de Salvador à celle de Minas (les mines)
est un vrai "renaître" auquel nous préparait sœur
Monique Castanheira dans cette lettre que je traduis pour vous :

"Maintenant
avec cette nouvelle implantation de la MOPP dans le Minas, tu
expérimenteras de manière très palpable la force de la sève qui
vient de la Résurrection et qui dynamise notre vie.

Je
suis heureuse de cette arrivée de la MOPP dans cette région du
Brésil qui a donné tant de vocations à l’Eglise (ici, par exemple,
nous sommes 7 ou 8 des Minas). Comme tu as dû le percevoir, en
général nous sommes sérieux, réfléchis, tenaces, d’un cœur
généreux et ami. Un explorateur français qui a visité les Minas,
le siècle dernier, s’exprimait ainsi : "Minas, c’est le cœur du
Brésil - un cœur d’or dans une poitrine de fer". Or et Fer
sont, de fait, les richesses de cet état. Et un "cœur d’or"
au sens figuré, cela veut dire une personne pleine de bonté,
caractéristique du Mineiro. Ces qualités sont des vraies « pierres
d’attentes » pour la MOPP. Je vous accompagne tous trois dans ma
prière car je désire ardemment que la mission fleurisse dans le
Minas."

Mais
pour que la plante naisse, il faut que
le
grain meure ... Ainsi ces premiers mois ont été surtout marqués
par le chômage : ce n’est qu’en juillet qu’Agostinho a pu commencer à
travailler et après 5 semaines, il a reçu ses 8 jours : la
construction civile dés-embauchant en masse. Pour l’instant il est
en vue de quelques "biscates" (travail au noir) Erlon n’a
pas encore pu faire son stage de 3 mois nécessaire pour que son
cours d’électrotechnicien soit valide. De mon côté, j’ai distribué
bien souvent mon "curriculum vitae" mais sans succès. Ce
n’est que maintenant que ie suis presque en voie d’être embauché
comme "inspecteur de structures métalliques".

C’est
dur d’être chômeur mais pas tant qu’un père de famille qui n’a ni
amis ni relations. Jomar me disait la semaine dernière qu’il ne se
sentirait pas le courage de chercher un emploi s’il était renvoyé
car il y a tant de pères de famille qui en ont besoin. Heureusement
que Jomar

tra
vaille,
c’est surtout grâce à lui que nous avons pu vivre jusqu’à présent.

Gil
et Gaspard sont venus passer quelques jours avec nous et ont bien
aimé le petit quatre pièces que nous habitons dont seulement deux
pièces sont recrépies, ainsi que le quartier où petit à peut nous
tissons des liens d’amitié.

Parque
São João
est très peuplé, situé sur une colline enserrée entre la ligne de
chemin de fer (le futur métro aérien de Belo Horizonte) et des
usines et des grosses fermes qui entretiennent avec soin le fil de
fer barbelé des clôtures pour éviter les « invasions ».

La
Communauté se réunit pour la messe le dimanche dans l’enceinte de
l’école publique du quartier, le comité de quartier étant en voie
de se faire donner un terrain par la préfecture pour construire
l’église. Le curé de la paroisse ne pouvant venir que tous les 15
jours, il se fait remplacer par un Salésien ; des sœurs salésiennes
viennent aussi les samedis pour donner des cours de crochet, de
catéchisme dans cette école. Il y a un groupe de "Vicentinos"
(St-Vincent-de-Paul) et 2 ou 3 groupes de bible bien timides, ainsi
qu’un groupe de jeunes.

Pendant
le mois de mai, les laïcs ont organisé le Mois
de
Marie dans le plus pur style traditionnel tel qu’ils l’ont vécu
autrefois dans la campagne : chapelet, litanies, couronnement de la
statue de la Vierge par des enfants habillés en anges. Cela avait
lieu tous les soirs dans une salle ouverte sur la rue. Religiosité
populaire un peu surannée mais qui nous a permis de connaître bien
des gens et surtout des jeunes qui venaient voir la seule distraction
du quartier.

Erlon.
qui avait, dès le début, participé à quelques assemblées de
quartier de jeunes travailleurs de Belo Horizonte a été élu
délégué au Congrès National qui a eu lieu
à São
Paulo fin juillet. Maintenant est né un petit groupe de jeunes
travailleurs (ou chômeurs) du quartier.

Le
mois de septembre au Brésil est le mois de la Bible : une conférence
de Carlos Mesters a été suivie par quelques membres de la
Communauté et on espère que cela donnera un sang nouveau pour que
les groupes de Bible puissent se développer et prendre force. C’est
l’Apocalypse qui a été choisie comme thème cette année :
’’Espérance d’un peuple qui lutte". C’est bien d’Espérance
centrée sur "l’Agneau debout comme immolé" que ce monde
en déroute a besoin devant tant de souffrances et d’incohérences de
toutes sortes. Le Brésil de 70-80, celui du "miracle brésilien"
a fait place à une récession qui touche tout le monde et surtout le
monde ouvrier et paysan. La grève générale du 21 août a été un
coup de semonce pour montrer que la conscience ouvrière n’est pas un
vain mot, même si elle ne s’est réalisée qu’à
São
Paulo.

Erlon
a fait ses premiers engagements à la MOPP, tandis que Ricardo et
Francisco nous quittaient. Le retour de Francisco à Salvador a
laissé l’équipe d’Osasco
et
la nôtre devant le problème toujours crucial : pourquoi la MOPP
n’attire-t-elle pas davantage de vocations ! Des lettres et des
contacts avec des jeunes, aussi bien à Osasco qu’ici, nous laissent
présager des jours plus
fastes.

1989_Contagem_x__Elias__Claudio__x__soeur_x_

"Si
le grain de blé meurt » il portera beaucoup de fruits"... Le 24
juillet mourait une femme du quartier d’une maladie de cœur : le 25
juillet, anniversaire de la mort de Cardjin, mourait Flôr. une
ancienne permanente de la J.O.C. et une grande militante d’ACO.
Flôr
était atteinte de la maladie de Chagas, un insecte qui inocule une
maladie qui atteint les muscles du cœur. Ces deux morts successives
ont porté des fruits aussi bien sur le quartier que sur le secteur
industriel.

Flôr
était une grande amie d’Albertina et Cândido.
Elle
écrivait ceci avant de "ré-naître" : "Quand je parle
avec quelqu’un, pour
moi
il devient
si
important
qu’il
est unique
.
Je crois toujours à la valeur et à la capacité qu’a chacun de
contribuer au bien commun ... Écouter avec patience les personnes
est un signe d’Amour. Vivre comme si la vie ne nous appartenait pas,
mais à l’Autre."

Vous
savez peut-être que Juan a obtenu son visa alors que les chances
nous paraissaient bien petites. Nous prions pour qu’avec lui viennent
d’autres jeunes brésiliens afin qu’un sang nouveau fasse surgir une
MOPP vraiment brésilienne et en souhaitant des jours meilleurs pour
que la MOPP ne devienne pas une entreprise de chômeurs ...

Carlos
Mesters nous disait : "Apocalypse, cela veut dire "tirer le
voile" et c’est découvrir dans les événements de la
persécution, la Bonne Nouvelle de l’année de Dieu qui vient
libérer". C’est cette bonne nouvelle que nous voulons découvrir
et vivre, ici et avec vous qui êtes loin.

Abraços.
Claudio.



Documents

  • 1983 Claudio de Contagem

    La première lettre après six mois de présence

    Télécharger