MOPP - Mission ouvrière Saints-Pierre-et-Paul

au nord le chantier du siècle

La Baie James 1977-1980

Nouvelles du chantier de la Baie James

Jacques Lison, janvier 1979

Jusqu’à présent nous avons été surtout « présents » dans le camp sans rien mettre sur pied vraiment pour la mission ; sauf bien sûr au niveau des contacts personnels (temps de l’amitié....). Ces jours derniers, s’est réuni un petit groupe de 7 (nous y compris) qui préparera la messe du dimanche en approfondissant l’Évangile, Nous projetons aussi d’y dénoncer le gaspillage. Enfin nous espérons que ces quelques chrétiens se sentent peu à peu responsables de la Communauté.

Bien sûr, nous restons conscients des limites de ce que nous entreprenons car tout ici est tellement provisoire. Nous ne visons donc pas loin tout en découvrant l’importance de mettre en œuvre tout ce qui est possible pour que l’Évangile soit annoncé.

Le dimanche soir à la fin de la messe (où viennent de 20 à 40 personnes) nous offrons un petit café et c’est souvent l’occasion d’une petite fête (chants, etc....) spontanée comme il en manque sur le camp. D’autres idées nous viennent comme par exemple rester le dimanche après-midi ou certains soirs de semaine, chacun à notre tour, dans le local où se trouve la chapelle.

Quand la chapelle sera terminée (.... difficulté d’y arriver à cause de la bureaucratie), nous pourrons y prier le soir plutôt que dans nos chambres et ouvrir ainsi la porte à qui voudra. Trouver aussi des gestes qui libèrent des contraintes ; tout est tellement programmé, jusque dans les loisirs des hommes (ex. repas préparé à quelques uns à partir du fruit d’une pêche).

Un événement marquant fut notre rencontre avec les aumôniers de la Baie James. L’évêque souhaitait que cela ait lieu et donc nous essayons de susciter ces réunions. Cette fois-ci, nous étions à Eastmain tous présents (6). Tous sentent qu’il y a une crise de la foi à la Baie James ; mais très vite des formules comme « la chrétienté autrefois n’était peut-être pas chrétienne, mais la déchristianisation n’est peut- être pas si profonde » viennent apaiser les inquiétudes. Et pourtant Guy et moi-même avons insisté combien nous sentions que cette crise est profonde : s’il existe encore un fond religieux, une foi en Dieu et même en Jésus-Christ, l’Eglise est rejetée parce que perçue comme une puissance (argent, autorité, poids moral....). C’est ce que nous entendons à longueur de journée au travail.

L’orientation des confrères est celle de la paroisse ; ils vivent donc dans une maison prêtée par la Société, possèdent une auto et du temps libre pour circuler sur leur chantier. L’un d’entre eux enseigne à l’école. Il mise beaucoup sur l’accueil et le service. Mais les misères sont tellement grandes sur les chantiers, il y a tant de solitudes que le danger a été souligné (et pas par nous-mêmes) d’en rester à une « pastorale paternaliste » et que le jour où le curé disparaitra, il ne restera plus grand’chose au plan de la foi.

Guy et moi-même, qui sommes les seuls à travailler, avons constaté que ce problème du service n’existait pas pour nous parce que nous n’avons rien à donner matériellement (pas d’auto, pas plus d’espace que les autres, ni plus de temps pour faire la file à la Banque à leur place par exemple, etc.) Notre souci est avant tout de rendre les gens responsables et qu’une Église naisse vraiment, animée par des chrétiens engagés profondément par leur foi et évangélisateurs.

Nous sommes bien sûr conscients de nos limites. Nous nous sommes quittés sur le souhait de continuer à nous revoir. Puisse de ces échanges naître un jour une réflexion sur les conditions de la Baie James qui soit envoyée aux évêques encore si peu conscients des problèmes que pose l’évangélisation en monde ouvrier ; surtout quand on pense que la Baie James marquera profondément le Québec vu le nombre de personnes qui y passent chaque année. Jean-Guy Hamelin (notre Évêque) a exprimé à Guy lors de la réunion de L.G. 2 tout son appui dans cet approfondissement. Les 10 jours de congé chaque deux mois sont chaque fois l’occasion d’une bonne reprise. Heureux de retrouver Georges et André. Intense courrier entre Bondville et ici  ; au retour révision de vie.... l’équipe à 4 s’articule bien, on se porte les uns les autres.

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Documents

  • 1979 Jacques Lison - Baie James

    La crise de la foi au Québec, dans les nouvelles du chantier de la Baie James avec Guy Biton. Lettre bleue 1979.

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